Kamanda wa Kamanda, le décrotteur !
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Kamanda wa Kamanda, le décrotteur !

Un cireur de chaussure de Kinshasa, Photo KMB.

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Kamanda wa Kamanda. Pas Gérard, le célèbre homme politique congolais. L’autre Kamanda wa Kamanda. Celui qui arpente les rues de Kinshasa en battant sa boîte contre sa brosse à cirage pour attirer l’attention des passants. Il est décrotteur ou carrément cireur de chaussures, une activité que beaucoup considèrent encore comme un sous-métier.

C’est au croisement de l’avenue Éthiopie dans la commune de Kasavubu, nouvellement réhabilitée, et de la rue Inzia que nous faisons sa rencontre. Nous l’invitons à exercer ses talents sur une paire de derbys. Sous le soleil de midi, sac à dos sur les épaules et képi noir vissé sur la tête, le quarantenaire à la silhouette svelte scrute les dizaines d’hommes assis à l’ombre de l’immeuble Paradiso aménagé en terrasses pour identifie son client avant d’avancer. L’instant doit durer une dizaine de minutes. Suffisant pour glisser quelques questions.

Pendant qu’il lustre le cuir avec application, il décline son identité avec sourire : « Je suis Kamanda wa Kamanda, cireur depuis plusieurs années. Je fais ce métier parce que j’ai horreur de croiser les bras ou de dépendre des gens, surtout que je suis père de famille. Chaque jour, je quitte Mikondo, dans la commune de Kimbanseke, le quartier qui m’a vu naître, pour atteindre le centre-ville à la recherche des chaussures à faire briller. »

Avec une femme et trois enfants dont deux filles et un garçon encore en bas âge, Kamanda n’a pas toujours été cireur. Il a été fermier à Mbankana, vers la commune de Maluku. À l’époque, confie-t-il, il pouvait vivre de son travail. Moins de charges. Mais déjà orphelin de père et de mère depuis l’âge de dix ou onze ans et placé sous la responsabilité d’une grande sœur.

Il a dû opérer un choix : quitter la campagne et le seul métier qu’il maîtrisait depuis qu’il avait rangé son cartable en cinquième primaire, faute de moyens financiers. Retour à Mikondo. Là, il croise celle qui deviendra sa femme. Sans diplôme et avec un niveau d’études très bas, il devait malgré tout trouver un métier pour offrir le minimum à sa famille.

Aujourd’hui, grâce au cirage, il nourrit les siens. Il paie le loyer. Il assure la scolarité de ses deux filles, en attendant que le cadet, qui n’a pas encore cinq ans, entre à l’école. Il a même « autonomisé » son épouse en lui achetant un sac de braise pour qu’elle vende devant la parcelle et prenne en charge d’autres petites dépenses.

« Là où j’habite, nous ne payons ni l’eau ni l’électricité, parce que nous n’en avons même pas. Ce sont donc des dépenses en moins », précise-t-il, en appliquant les dernières touches de lustrage avec une éponge tirée d’un vieux matelas.

Pour une paire de cuir, il repart avec 1 000 francs congolais.

Pour vivre de son métier, Kamanda fait preuve d’abnégation et de résilience. Il se prive du transport en commun pour maximiser sa recette en fin de journée. « C’est d’ailleurs comme cela que l’on trouve des clients », rappelle-t-il.

Kamanda wa Kamanda, le décroteur.

Bahati Kasindi

Écrit par
Bahati Kasindi - Journliste

Journaliste et Communicant

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